Mark Z. Danielewski est-il capable d’écrire un livre lisible sans miroir ? Je me suis posé la question en commençant Only Revolutions, qui semblait avoir une mise en page tout aussi expérimentale que celle de House of Leaves. A priori, aucun accessoire n’est requis pour la lecture de son second roman, il suffit de retourner le livre de 180° toutes les huit pages. On se retrouve donc avec deux livres pour le prix d’un, chaque sens de lecture retraçant l’histoire, narrée à la première personne, d’un des deux personnages principaux.
Il est difficile de rédiger une note sur ce livre sans trop en dévoiler : son intérêt ne réside pas tant dans l’intrigue, quasi-inexistante, que dans les réflexions que l’auteur amène par ce que traversent ses deux personnages et dans l’attention portée aux détails. Jeux de couleur, de typographie, de chronologie, et de nom des personnages rien ne semble avoir été laissé au hasard, ce qui était également le cas dans la construction alambiquée mais extrêmement cohérente de House of Leaves.
La lecture d’Only Revolutions est en elle-même une révolution, au sens géométrique plus que politique. Outre le retournement du livre toutes les huit pages, un côté cyclique est omniprésent, de la chronologie (1863–1963 dans un sens, 1963–2063 dans l’autre) au comportement des deux protagonistes (dont les traits de caractère vont s’inverser), en passant par la représentation des numéros de page, le rythme de la narration et le défilement des saisons.
Pour reprendre le premier paragraphe, oui, Only Revolutions peut être lu sans miroir, même si Danielewski a succombé à la tentation sur les pages de garde. C’est cependant un livre qui demande de la réflexion, et qu’il vaut mieux lire au mois deux « chapitres » à la fois pour éviter de perdre le rythme et le fil.
Avertissement final au lecteur anglophone : vu les contraintes oulipiennes que s’est imposé l’auteur (360 pages de 36 lignes, 360 mots par page), le texte se rapproche plus du vers libre que du roman habituel. Avis final au lecteur francophone : je ne sais pas ce que vaut la traduction.