La séance lecture chez Vlou était un peu prémonitoire : je viens de finir House of Leaves de Mark Z. Danielewski. Pour résumer brièvement, les éditeurs du livre reçoivent de la part d'un jeune homme – dont la mère est enfermée dans un hôpital psychiatrique – un roman écrit par un aveugle sur un film réalisé par un photo-journaliste qui vient d'emménager avec sa famille dans une maison en Virginie.
On reprend son souffle et on relit la phrase précédente. Tous ces personnages interagissent de manière complexe dans les trois parties du livre : le Navidson Record – le livre écrit par Zampanó, l'aveugle, sur le film de Navidson, le photo-journaliste – les notes de bas de page et les annexes. Malgré sa typographie pour le moins inhabituelle – pensez à vous munir d'un miroir pour un des chapitres – le Navidson Record dévoile l'histoire la plus évidente du livre, celle de Navidson, de sa famille et de sa maison. Le ton y est volontairement académique, et cette partie du livre contient pléthore de références à des livres, des périodiques et des conférences qui analysent et dissèquent les comportements et les relations des protagonistes du Navidson Record.
Les notes de bas de page, hormis les références aux ouvrages cités par Zampanó, sont utilisés par Johnny Truant – le jeune homme – dans un premier temps pour expliciter certains points du Navidson Record, compilé à partir de fragments, et donc incomplet. Au cours du livre, Truant outrepasse son rôle d'éditeur et commence à détailler les circonstances qui lui ont fait acquérir le Navidson Record, les effets qu'ont l'ouvrage sur sa vie et décrit également son enfance troublée.
Les annexes, troisième partie de House of Leaves, contiennent à la fois des compléments au Navidson Record, des textes de Johnny Truant, et des lettres écrites par sa mère à Johnny, décrivant son séjour en hôpital psychiatrique et sa plongée dans la paranoïa.
Tous ces personnages, bien que n'ayant pas la même « existence » puisqu'on a un narrateur principal et des histoires rapportant des histoires rapportées par lui, sont reliés. Les fils sont ténus, mais sont néanmoins là : le titre du livre que Navidson emporte lors de sa dernière exploration, une faute de pronom faite par Zampanó, une des dernières interventions de Johnny Truant, la page 97, une des lettres de la mère de Johnny contenant un message pour Zampanó ; j'en oublie probablement. Tout ces éléments modifieront l'interprétation que le lecteur peut faire du Navidson Record, et de l'identité même des personnages.
Bref, relisez Borges (Le Jardin aux sentiers qui bifurquent, Les ruines circulaires, L'approche d'Almotasim) et Dick (Ubik, Le dieu venu du Centaure), trouvez un miroir et deux marque-page et lancez-vous. L'expérience est suffisamment peu commune pour être tentée.